Thomas Thévenoud a choisi le JSL pour livrer sa vérité. L’ex-secrétaire d’État décrit « des négligences » et veut rester député.


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Extrait du Journal de Saône et loire du Samedi 6 Septembre 2014

Votre démission a été présentée comme provoquée par des « problèmes liés à l’impôt ». Quels sont exactement ces « problèmes » ?

Il s’agit uniquement de problèmes de déclaration et de retards de paiement. Je n’ai jamais fait de fausses déclarations, jamais dissimulé des revenus ou des éléments de mon patrimoine. Je n’ai jamais trompé l’administration fiscale qui connaissait parfaitement ma situation. Je n’ai fait d’ailleurs l’objet d’aucune procédure pénale. Je n’ai pas d’autres revenus que mes salaires et indemnités d’élus : ils sont parfaitement connus de l’administration fiscale. J’ai rendu public mon patrimoine – une maison de 140 m² à Montceau-les-Mines, achetée avec un crédit de vingt-cinq ans : ce patrimoine immobilier est de 195 000 euros. On peut m’accuser de négligence – c’est légitime et croyez bien que je suis le premier à le faire – mais pas de malhonnêteté.

D’où vient cette négligence ?

Je crois que depuis quelques années, je me suis laissé débordé par mon engagement public. Ma vie s’est accélérée et, à mesure que j’assumais de nouvelles responsabilités publiques, les problèmes s’accumulaient dans ma gestion privée. Au fond, ma rigueur dans la vie publique n’a eu d’égale que ma négligence dans la gestion privée. Lorsque j’étais élu local, j’ai toujours été rigoureux dans la gestion des deniers publics que ce soit à Montceau-les-Mines ou à l’OPAC de Saône-et-Loire. En revanche, dans ma vie personnelle, j’ai été, à bien des égards, un bien mauvais gestionnaire.

Est-il vrai que vous ne déclariez et ne payiez plus vos impôts depuis « trois ans » comme on a pu le lire ?

C’est faux. Je veux être très précis. En 2012, la déclaration de mes revenus a été déposée avec retard. L’impôt sur le revenu correspondant a été réglé intégralement depuis longtemps, pénalités comprises, conformément à la loi. En 2013, l’absence de déclaration a donné lieu à ce que l’on appelle une taxation d’office par l’administration fiscale. Là encore, j’ai payé l’impôt et les pénalités dues. En 2014, la déclaration a été déposée en retard et j’attends maintenant l’envoi de mon avis d’imposition. Par ailleurs, le retard accumulé sur le paiement de mes impôts locaux a été intégralement régularisé au printemps dernier.

Aujourd’hui, au regard de l’administration fiscale, je suis à jour de mes obligations déclaratives et de paiements.

Pourquoi ce retard dans vos déclarations d’impôts ?

Que voulez-vous que je vous dise… Ces dernières années correspondent pour moi à une période d’intense activité liée à mon nouveau mandat de député et à la succession de missions et rapports qui m’ont été confiés. Mais je ne cherche aucune excuse et je mesure à quel point ce comportement est incompréhensible.

Aviez-vous des problèmes financiers ?

Il s’agit plutôt pour moi d’une négligence dans la gestion privée. C’est d’autant plus stupide qu’au final non seulement je paie mais je paie même davantage en acquittant chaque année et, comme il se doit, des pénalités supplémentaires. Je n’ai fait l’objet d’aucun passe-droit ni privilège de la part de l’administration.

Est-il vrai que vous étiez sous le coup d’une procédure « d’imposition d’office » et quand avez-vous régularisé votre situation ?

Oui, comme je vous l’ai indiqué, l’impôt sur le revenu de 2013 a fait l’objet d’une imposition d’office. La somme a été intégralement acquittée le 1er septembre 2014 pour un montant de 41 475 euros – dont 12 593 euros de pénalités.

En entrant au gouvernement, ne vous doutiez-vous pas que votre situation pouvait poser un gros problème ?

Je pensais qu’en ayant entamé les démarches nécessaires à la régularisation de ma situation fiscale, j’avais prouvé ma bonne foi et espérais pouvoir repartir du bon pied. Le Premier ministre a considéré que cette situation rendait impossible ma présence au gouvernement. Je l’ai parfaitement compris. Mais, je le redis, je n’ai jamais voulu frauder l’administration fiscale. J’ai toujours fini par m’acquitter de mes impôts – et je suis désormais à jour de mes obligations. Je ne suis pas un fraudeur, je suis un contribuable négligent.

Comprenez-vous la colère de nombreux contribuables et d’électeurs de gauche depuis l’annonce de votre démission pour « problèmes liés à l’impôt » ?

Oui, je comprends évidemment leur colère. Elle est légitime au moment où des efforts importants sont demandés à tous les Français. Mais je veux redire aux électeurs de Saône-et-Loire et à mes amis socialistes qu’ils n’ont élu ni un fraudeur, ni un cynique, ni un malhonnête homme. J’ai payé ce que je devais à l’État et j’en paie aujourd’hui le prix politique, c’est normal.

Souhaitez-vous revenir à l’Assemblée nationale ? Le pouvez-vous ? Quel message souhaitez-vous aujourd’hui envoyer à vos électeurs de Saône-et-Loire ?

J’ai été élu pour cinq ans et je souhaite mener ma mission jusqu’à son terme. Les électeurs du Mâconnais et du Clunisois qui m’ont fait confiance connaissaient mes forces. Ils découvrent aujourd’hui mes faiblesses. À moi de continuer à travailler à leur service en usant de toutes mes forces. Et à moi maintenant, de corriger mes faiblesses. En 2017, ce sont eux qui me jugeront en toute connaissance de cause.

Comment envisagez-vous votre avenir ?

J’ai 40 ans. Je suis à la moitié de ma vie, dont les 20 dernières années ont été consacrées quasi exclusivement à la vie publique. J’aspire maintenant à trouver un nouvel équilibre. Continuer à me battre pour ce que je crois bon pour mon pays et pour les Français sans me laisser déborder par le rythme et les exigences de la vie publique.

Appréhendez-vous votre retour dans votre circonscription ?

Je ne l’ai jamais quittée. Je suis, et pour toujours, un enfant de Saône-et-Loire et un élu de gauche pleinement investi aux côtés des habitants de cette terre. Je souhaite encore pouvoir leur être utile et je sais pour cela pouvoir compter sur des amis nombreux et fidèles qui m’ont réaffirmé leur soutien.

Comment allez-vous aujourd’hui ?

Beaucoup de nos compatriotes traversent des épreuves autrement plus difficiles. Moi, disons que je vais aussi bien qu’il est possible, le soutien de ma famille et de mes amis m’aide à garder confiance dans l’avenir.